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Le rêve américainby Matthieu CôteAlbum: EponymeLa bise avait ce soir des fragrances poivrées Qui chatouillent, qui picotent le cœur des jouvencelles Dans leurs tristes habits noirs, les garçons fraîchement diplômés Sifflaient les gueuses et boudaient la Vittel Leurs langoureux regards de mâles émasculés Par le port d'une toge de gala solennelle Balayant comme des phares les biches de la faculté S'interrogeaient lesquelles étaient pucelles Ils étaient jeunes, beaux Ils incarnaient le rêve américain Leurs parents riches, dévots Votaient massivement républicain Dans le coin le plus sombre de la pièce bondée Un bellâtre aux yeux clairs à vous tourner les sens Entretenait le nombre de ses courtisanes attirées Par d'improbables espoirs de romance Et d'histoires incroyables en contes insensés Il berçait les mignonnes, avides de sornettes Mais notre pauvre diable, bien loin de s'en féliciter, Tirait des plans sur une autre comète Il était jeune, beau Il incarnait le rêve américain Ses parents riches, dévots Votaient bien sûr républicain Alors donc, le jeune éphèbe jouant les jolis cœurs Lorgnait de suçon vers la star des stadiums Un étalon superbe qui, à en croire la rumeur, A son instar, aimait beaucoup les hommes Après quelques échecs, quelques vaines œillades Leurs regards s'agrippèrent, leurs narines frémirent Leurs beaux yeux de beaux mecs soudain brillèrent en cascade Les pas de danse bientôt les réunirent Ils étaient jeunes, beaux Ils venaient de croiser Cupidon Leurs parents riches, dévots Ne trouveraient sûrement pas ça mignon Cherchant un coin discret pour s'avouer leur amour Partager leurs frissons, entamer leur idylle Nos deux charmants minets fuyant la bruyante basse-cour Se retrouvèrent en un bosquet tranquille Et là dans la clairière, sans échanger de mots Leur amour, leur désir enfin firent leur office Tout deux se partagèrent les rôles de Verlaine et Rimbaud Et l'un à l'autre s'offrit en sacrifice Ils étaient jeunes, beaux Ils vibraient d'une même ferveur Mais un promeneur bientôt Mettrait un terme à tant de bonheur Les bals et les galas ne sont pas fêtes sages Et surveillant le parc avec beaucoup de zèle Le proviseur tomba comme une mouche dans le potage Sur les garçons en pleine bagatelle Et le bigot outré, gardien de la morale, Aveugle aux charmes virils de ces corps en prière Eut la vicieuse idée de les traîner au tribunal Où une loi régissait les derrières Et les amants diplômés, à deux doigts de devenir ingénieurs Au pays de la liberté furent condamnés pour leurs mœurs Ils étaient jeunes, beaux Ils incarnaient le rêve américain Mais dur, dur d'être homo Quand tes parents votent républicain |
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